Norwegian quitte la Guadeloupe

Mardi 12 février 2019

Clap de fin pour Norwegian aux Antilles et en particulier en Guadeloupe !
Cette quatrième saison sera la dernière pour le moment au départ et l'arrivée de Pointe-à-Pitre selon Marion Lamure directrice de la communication et des affaires publiques France de Norwegian, interrogée par Martinique La 1ère.
La nouvelle bien que regrettable pour le transport aérien en Guadeloupe ne surprendra personne. En effet les récentes annonces sur la santé financière de la holding ainsi que le nouveau plan d'économie annoncé par la direction laissaient prévoir un avenir incertain pour la desserte locale. La compagnie a également commencé à revendre des avions à peine livrés* et a déjà annoncé des nombreuses suppressions de lignes principalement en Europe. Enfin il y a quelques jours le groupe IAG (principalement composé de British Airways et Iberia) a également annoncé renoncer à prendre plus de participations dans Norwegian et vouloir revendre celles déjà détenue ce qui a davantage affaibli la confiance des financiers envers la compagnie.

On regrettera au final aussi que Norwegian n'ait pas transformé son intention annoncée dès le départ de relier Pointe-à-Pitre à Paris, laissant finalement Level occuper ce marché sur Orly et XL Airways à Roissy-CDG.

On pourra toujours s'interroger également sur les choix des destinations et des fréquences opérées par Norwegian au départ de Pointe-à-Pitre. La quatrième année semblait être celle de la maturité après les tâtonnements des premières années avec des liaisons vers Boston ou Providence. Pour autant l'offre de rotations semblait bien plus importante que la demande.
A commencer par la liaison vers Montréal qui avait l'avantage d'un horaire attractif pour les guadeloupéens au départ comme au retour. Mais surtout un tarif très compétitif et très agressif qui a su faire réagir la concurrence. D'abord de la part de Air Transat déjà bien connue des canadiens pour ses destinations estivales et ses tarifs adaptés à la clientèle des vacanciers. Puis bien entendu Air Canada qui a mis fin aux rotations effectuées par Air Canada Rouge, sa filiale low-cost, avec des Airbus A319-100 configurés en haute densité et peu confortables pour laisser place à des vols opérés par Air Canada avec des Boeing 737 Max8 de dernière génération.
La ligne sur Fort Lauderdale offrait l'avantage d'arriver en Floride en milieu de journée et de pouvoir profiter de nombreux vols de correspondance vers d'autres villes des USA. C'était un gros avantage sur Air France qui offre un horaire d'arrivée à Miami tard dans la journée obligeant souvent les voyageurs en correspondance à passer une nuit à l'hôtel. Air France a dû d'ailleurs pâtir de cette offre de créneau horaire peu intéressante sur la ligne vers Atlanta contrainte de la fermer après quelques mois d'exploitation.
Enfin la ligne vers New York a fait le bonheur de nombreux guadeloupéens toujours attirés par la grosse pomme. Cette destination aurait certainement connu encore plus de succès avec la clientèle locale durant des saisons moins hivernales.
C'est bien là aussi que le bât blesse dans la stratégie de Norwegian d'avoir surtout voulu opérer des vols que durant la haute saison donc principalement destinés à la clientèle nord-américaine. Une meilleure étude du marché local aurait certainement enseigné à Norwegian que les guadeloupéens aiment pour leur part tout autant voyager et cela en toute saison. Certainement qu'une présence toute l'année, même avec moins de vols, aurait renforcé le sentiment de fidélité chez les clients locaux.
Cela nous amène donc à nous interroger sur l'intérêt qu'avait Norwegian à avoir deux Boeing 737 basés en Guadeloupe pour la saison d'hiver avec chaque jour autant de rotations sans aucune stratégie de mutualisation avec la Martinique qui avait également deux avions basés à Fort-de-France alors que les deux îles desservent les mêmes destinations.
Quatre avions représentent un coût très élevé en exploitation, à titre informatif pour exploiter un avion de type Boeing 737 sur du moyen-courrier il faut compter jusqu'à 6 équipages techniques (PNT) donc 12 pilotes. Certainement que 3 avions au lieu de 4 pour les deux îles avec des rotations desservant sur un même vol à la fois Pointe-à-Pitre et Fort-de-France aurait permis un meilleur taux de remplissage tout en réduisant le coût inhérent du PNT et du PNC.

Pour finir on rappellera que le prix du kérosène a doublé depuis janvier 2016, or le coût du carburant est une variable qui pèse très lourd dans le modèle économique des compagnies low-cost/low-budget.

Alors qui pour prendre la relève ? Air France qui a échoué sur la ligne Atlanta et ne s'est jamais positionnée vers le Canada pourrait-elle ouvrir une seconde lignes vers les Etats-Unis en plus Miami et s'attaquer au quasi-monopole d'Air Canada sur Montréal ? Air Caraïbes qui après avoir essuyé les plâtres d'un réseau régional moyen-courrier avec différentes versions d'Embraer serait -elle sur les rangs avec sa demande de certificat de transport déposés il y a peu auprès des autorités américaines ?

La seule certitude pour les voyageurs Guadeloupéens avec le départ de Norwegian est que le prix du billet pour les destinations desservies par les compagnies concurrentes ne sera pas à la baisse.

* en janvier 2019 Norwegian avait encore 132 avions en attente de livraison (10 Boeing 787-9, 92 Boeing 737 Max8 et 30 Airbus A321LR)

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